Nord-Kivu, République démocratique du Congo — Septembre 2026
Une alimentation saine ne commence pas toujours dans un supermarché. Dans les communautés rurales du Nord-Kivu, elle peut commencer dans un champ, un jardin familial, un marché local ou autour d’un feu de cuisine, avec des aliments locaux produits et préparés au quotidien.
Amarante, haricot, maïs, manioc, arachide, chou, tomate, pomme de terre ou petits poissons (ndagara) : de nombreux aliments nécessaires à une alimentation diversifiée sont déjà présents dans les ménages et les marchés locaux. Le défi consiste souvent moins à trouver de nouveaux aliments qu’à mieux valoriser ceux qui sont déjà disponibles.
C’est dans cette perspective que des femmes de la Zone de santé de Mweso apprennent à transformer les produits locaux en repas plus diversifiés, adaptés aux besoins des familles.
Dans la Zone de santé de Mweso, les femmes au cœur du changement
Dans le cadre du projet OSRO/DOC/124/BEL, la Dynamique Paysanne Féminine (DPF), en collaboration avec la FAO et avec l’appui financier de la Belgique, a organisé des séances pratiques de démonstration culinaire dans les aires de santé de Mwanja et Mokoto pour permettre aux ménages, en particulier aux femmes, d’apprendre à composer des repas équilibrés et adaptés aux besoins nutritionnels des enfants et des femmes enceintes et allaitantes
Au total, 60 femmes leaders de groupements paysans ont participé aux activités. Elles représentent 1 500 ménages vulnérables ciblés par le projet.

Le choix de placer les femmes au centre de cette approche n’est pas anodin. Au quotidien, elles jouent souvent un rôle majeur dans le choix, la préparation et la distribution des aliments au sein du ménage. Elles sont également des détentrices et des relais de connaissances auprès de leurs familles et de leurs communautés.
La démonstration culinaire devient ainsi bien plus qu’une simple séance de formation : c’est un espace où l’on apprend en faisant, où l’on expérimente et où les connaissances peuvent ensuite être transmises.
Mieux associer les aliments locaux que les familles connaissent déjà
Pendant les séances, les participantes ont travaillé avec des aliments familiers : amarante, haricot, chou, tomate, arachide, petits poissons, viande, farine de maïs, farine de manioc et pomme de terre

L’objectif est concret : apprendre à associer différents groupes d’aliments trouvés localement afin de composer des repas plus diversifiés et de mieux répondre aux besoins nutritionnels de la famille.
Cette approche s’inscrit dans les principes d’une alimentation saine fondée notamment sur la diversité, l’équilibre et l’adaptation aux aliments disponibles localement.
Pour les jeunes enfants, cette question est particulièrement importante. Les séances ont également porté sur l’alimentation de complément des enfants âgés de 6 à 23 mois, ainsi que sur l’hygiène alimentaire et le suivi de la croissance.
Apprendre en faisant pour changer les habitudes
La particularité de ces séances réside dans leur approche pratique. Les femmes n’ont pas seulement reçu des conseils théoriques sur la nutrition. Elles ont préparé elles-mêmes les aliments, appliqué les règles d’hygiène et observé différentes méthodes de préparation.
Certaines participantes ont notamment découvert l’intérêt d’une cuisson à feu modéré et à couvert, en prenant conscience que certaines pratiques de cuisson prolongée pouvaient affecter la qualité nutritionnelle des légumes.
Voir – Faire – Goûter – Comprendre – Reproduire – Transmettre.
Cette succession résume l’esprit de la démarche : transformer une connaissance en pratique quotidienne.
Une femme formée peut devenir un relais pour toute sa communauté
Pour Sifa Maguru, bénéficiaire du projet à Rujebeshe, dans l’aire de santé de Mwanja, l’intérêt de la démonstration dépasse les recettes préparées pendant la séance.
Elle explique que l’apprentissage permet surtout de mieux associer les aliments déjà connus : l’amarante avec une source de protéines, le haricot avec des céréales ou des tubercules, ou encore les petits poissons dans les préparations familiales. Ces associations peuvent ensuite être reproduites à la maison en fonction des aliments disponibles et du budget du ménage.
Pour Nyirandikubwimana Anosiata, bénéficiaire et habitante de Butale, dans l’aire de santé de Mokoto, la responsabilité ne s’arrête pas au ménage.
En tant que leader de groupement paysan, une femme formée peut à son tour partager les connaissances acquises avec les autres membres de son groupement. Cette transmission doit contribuer à élargir progressivement la portée de l’apprentissage aux 1 500 ménages concernés par le projet.
C’est toute la force de l’approche communautaire : une femme apprend, une famille peut adopter de nouvelles pratiques, et ces pratiques peuvent ensuite se diffuser au sein de la communauté.

De la production agricole à l’assiette : le lien avec la nutrition
L’expérience menée à Mweso rappelle une réalité essentielle : produire davantage d’aliments ne suffit pas à garantir une meilleure alimentation.
Une récolte peut améliorer la disponibilité alimentaire d’un ménage. Mais les connaissances sur la préparation, l’association des aliments, l’hygiène et l’alimentation du jeune enfant sont également nécessaires pour transformer cette disponibilité en pratiques alimentaires plus favorables à la santé.
Ainsi, agriculture et nutrition ne doivent pas être considérées comme deux réalités séparées. Du champ à la cuisine, puis de la cuisine à l’assiette, chaque étape peut contribuer à améliorer l’alimentation des familles.
Faire durer le changement au-delà de la séance
Une démonstration culinaire, à elle seule, ne suffit pas à modifier durablement les habitudes d’une communauté.
Le véritable enjeu est de faire sortir les connaissances du lieu de formation pour qu’elles soient progressivement appliquées dans les foyers. C’est pourquoi le suivi des ménages et des groupements, ainsi que la reproduction des séances par les femmes formées, sont essentiels pour consolider les pratiques. Le rapport recommande notamment des visites de suivi et un appui aux groupements pour reproduire les démonstrations.
À Mweso, l’expérience montre ainsi que la nutrition ne dépend pas uniquement de ce qui est disponible dans les champs ou sur les marchés. Elle dépend aussi de la manière dont les familles utilisent, associent et préparent ces aliments.
Et au cœur de cette transformation se trouvent les femmes : productrices, préparatrices, éducatrices et relais communautaires.
Donner aux femmes les connaissances et les moyens de mieux valoriser les aliments locaux, c’est donc investir dans bien plus qu’un repas. C’est renforcer des pratiques familiales et communautaires susceptibles de contribuer durablement à la santé et au bien-être des familles.



